Le conflit postéro-supérieur de l'épaule par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard

Préambule anatomique

L’épaule est un ensemble musculo-squelettique composée de cinq articulations fonctionnant en totale synergie :

  • l’articulation gléno-humérale 
  • l’articulation acromio-claviculaire
  • l’articulation sterno-costo-claviculaire
  • l’articulation scapulo-serrato-thoracique
  • l’articulation sous-deltoïdienne

La biomécanique de l’épaule est complexe car elle doit répondre à un double objectif : permettre une grande mobilité au membre supérieur dans les trois plans de l’espace, et assurer sa stabilité pour un guidage précis des gestes du bras et de la main. Pour assurer ces deux fonctions essentielles, de nombreux tissus mous composent une épaule : ligaments, capsules articulaires, labrum glénoïdien, et de nombreux muscles dont ceux constituant la coiffe des rotateurs : le sub-scapulaire, le petit rond, l’infra-épineux et le sus-épineux (ou supra-épineux). 

Le labrum glénoïdien, qui est impliqué dans la physiopathologie du conflit postéro-supérieur de l’épaule, est un anneau fibro-cartilagineux qui augmente la profondeur de la cavité glénoïdale (cf image ci-dessous). Il sert ainsi à améliorer le contact entres les deux parties osseuses de l’articulation gléno-humérale pour en augmenter sa stabilité. 

Représentation anatomique de l’articulation gléno-humérale droite en position neutre, avec son labrum glénoïdien (en bleu) et le muscle supra-épineux
Représentation anatomique de l’articulation gléno-humérale droite en position neutre, avec son labrum glénoïdien (en bleu) et le muscle supra-épineux


Qu’est-ce que le conflit postéro-supérieur de l’épaule ?

Le conflit postéro-supérieur de l’épaule est une pathologie relativement rare de l’épaule qui se manifeste par des douleurs chroniques chez des sportifs, souvent de moins de 40 ans, pratiquant des mouvements d’armer du bras ou de lancer à répétition. Ces mouvements se retrouvent dans différents sports comme au handball, au volley, au tennis, au baseball, au lancer de javelot, à la natation etc …

La douleur est liée à un conflit mécanique par contacts répétés entre la glène (cavité articulaire de l’omoplate) et le tubercule majeur de l’humérus, conduisant à des lésions d’usure de la face profonde du muscle supra-épineux et du labrum glénoïdien à sa partie postéro-supérieure, lorsque le bras est en abduction et rotation externe, position dite d’armer du bras.

Le conflit postéro-supérieur de l’épaule serait responsable de 60 % des douleurs chroniques des handballeurs et entre 30 % et 60 % des douleurs chroniques du tennisman. 

Etiologies

Le contact entre la glène et le tubercule majeur de l’humérus est physiologique dans les mouvements combinés d’abduction et de rotation externe du bras. Mais la répétition fréquente des contacts entre ces structures anatomiques dans des sports de lancer ou d’armer du bras serait à l’origine d’un véritable conflit mécanique pouvant devenir symptomatique. Plusieurs facteurs pourraient alors favoriser l’apparition d’un conflit postéro-supérieur de l’épaule : 

  • un terrain de surmenage sportif chez des pratiquants souvent à haut niveau dans des sports de lancer et d’armer du bras
  • une insuffisance de rétroversion de la tête humérale qui favoriserait le contact mécanique entre le tubercule majeur de l’humérus et la glène
  • un déficit de rotation interne de l’épaule de 10 à 15 degrés, par rétraction capsulaire postéro-inférieure, à l’origine d’une translation postéro-supérieure de la tête humérale favorisant le contact du tubercule majeur de l’humérus avec la glène à l’origine du conflit mécanique
  • une dyskinésie scapulaire se définissant comme une position anormale ou une altération de la mobilité de la scapula, compensée par les muscles de la coiffe des rotateurs entraînant volontiers une surcharge de travail neuro-musculaire et une augmentation des contraintes transmises à la glène

Ses signes cliniques

Nous retrouvons : 

  • une douleur caractéristique en position d’armer du bras, accompagnée d’une appréhension à la réalisation de ce même mouvement, surtout avec de la cinétique
  • une douleur évocatrice à la palpation de l’interligne gléno-humérale postérieure, augmentée en amenant le bras en abduction et rotation externe
  • un déficit possible de rotation interne de l’articulation gléno-humérale, tandis que son amplitude de rotation externe est augmentée
  • une dyskinésie scapulaire possible du côté homolatérale au conflit postéro-supérieur symptomatique
  • une possible douleur reproduite dans les premiers degrés d’abduction du bras, entraînée par une lésion associée de la face profonde du muscle sus-épineux

Ses traitements

Le traitement d’un conflit postéro-supérieur de l’épaule est dans la majorité des cas dit « conservateur ». Le but d’un tel traitement est avant tout d’agir sur la fonction biomécanique de l’épaule afin de limiter l’impact du conflit mécanique :

  • traitement préventif : correction de la biomécanique du mouvement douloureux, étirement de la capsule articulaire postérieure chez les sportifs à risque, étirement musculaire en rotation interne de l’épaule droite (grâce au sleeper stretch notamment), etc …
  • rééducation en kinésithérapie : prise en charge du déficit de rotation interne, renforcement et augmentation du contrôle neuro-musculaire volontaire des muscles stabilisateurs de la scapula, etc …
  • arrêt temporaire de l’activité sportive pendant quelques mois si nécessaire

Un traitement médicamenteux peut aussi être envisagé : il consiste notamment en l’injection intra-articulaire de corticoïdes sous contrôle radiographique.

L’intervention chirurgicale, elle, n’est proposée qu’après échec des traitements conservateur et médicamenteux. Elle reste relativement rare est consiste en un nettoyage des lésions constatées, une réparation du labrum glénoïdien postéro-supérieur plus ou moins associée à une réparation tendineuse. 

La place de l’ostéopathie dans la prise en charge du conflit postéro-supérieur de l’épaule 

La prise en charge en ostéopathie du conflit postéro-supérieur de l’épaule consiste à participer au traitement dit « conservateur ». L’objectif est alors d’améliorer la fonction biomécanique de l’épaule pour limiter au mieux la symptomatologie liée au conflit mécanique. L’ostéopathie est alors particulièrement indiquée en cas d’insuffisance de rétroversion de la tête humérale, de la présence d’un déficit de rotation interne de l’épaule ou bien encore en cas de dyskinésie scapulaire.

En effet, l’ostéopathe diagnostiquera et traitera les dysfonctions somatiques (altération de la mobilité, de la viscoélasticité ou de la texture des composantes du système somatique) pouvant directement ou indirectement être en lien avec l’apparition et l’entretien des symptomes du conflit postéro-supérieur de l’épaule. L’ostéopathe recherche en fait les structures anatomiques du corps ayant réagi en s’adaptant à différentes contraintes biomécaniques sous l’impulsion d’un réflexe neurologique de protection dans un contexte d’hyper-sollicitation de l’épaule dans des sports de lancer ou d’armer du bras.

Il peut par exemple être amené à traiter une restriction de mobilité d’une articulation propre de l’épaule ou plus à distance, d’une articulation vertébrale, ou bien encore un trouble de tonicité neuro-musculaire associée à la biomécanique de l’épaule, une restriction de mobilité de la ceinture pelvienne pouvant affecter à distance la mobilité de la ceinture scapulaire, etc …  

L’ostéopathe a donc pour objectif de lever les dysfonctions diagnostiquées en mettant en place les techniques les plus adaptées, les plus confortables et surtout les plus efficaces pour soulager les symptômes de son patient. Elles peuvent être de différents types selon l’objectif du praticien. Il peut choisir de concentrer son action sur la mobilité ostéo-articulaire grâce à des techniques manipulatives ou des techniques de mobilisation passive. Il peut aussi choisir de spécifier son action sur des troubles de tonicité musculaire grâce à des techniques de ponçage, myotensives ou bien encore d’étirements spécifiques. Il peut également choisir d’agir sur l’élasticité aponévrotique grâce à des techniques plus spécifiques à visée fascia, etc … En bref, l’ostéopathe dispose d’un panel de techniques qu’il inclus dans un traitement holistique afin de permettre la meilleure prise en charge possible pour son patient !

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