La lésion SLAP de l’épaule par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard

Préambule anatomique

L’épaule est un ensemble musculo-squelettique composée de cinq articulations fonctionnant en totale synergie : 

  • l’articulation gléno-humérale 
  • l’articulation acromio-claviculaire
  • l’articulation sterno-costo-claviculaire
  • l’articulation scapulo-serrato-thoracique
  • l’articulation sous-deltoïdienne

La biomécanique de l’épaule est complexe car elle doit répondre à un double objectif : permettre une grande mobilité au membre supérieur dans les trois plans de l’espace, et assurer sa stabilité pour un guidage précis des gestes du bras et de la main. Pour assurer ces deux fonctions essentielles, de nombreux tissus mous composent une épaule : ligaments, capsules articulaires, labrum glénoïdien, et de nombreux muscles dont ceux constituant la coiffe des rotateurs : le sub-scapulaire, le petit rond, l’infra-épineux et le sus-épineux (ou supra-épineux). 

Le labrum glénoïdien, qui est une structure ostéo-articulaire impliquée dans la lésion SLAP de l’épaule, est un anneau fibro-cartilagineux qui augmente la profondeur de la cavité glénoïdale. Il sert ainsi à améliorer le contact entres les deux parties osseuses de l’articulation gléno-humérale pour en augmenter sa stabilité.

Vue antéro-latérale de l'articulation gléno-humérale droite avec son labrum glénoïdien et le chef long du biceps brachial par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard
Représentation anatomique de l’articulation gléno-humérale droite en vue antéro-latérale, montrant le labrum glénoïdien et le chef long du biceps


Le labrum est également un point d’ancrage pour des structures capsulo-ligamentaires et pour le chef long du biceps qui s’insère à son extrémité supérieure.

Vue latérale de l'articulation gléno-humérale droite avec son labrum glénoïdien et le chef long du biceps brachial par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard
Représentation anatomique de l’articulation gléno-humérale droite en vue latérale montrant l’insertion du chef long du biceps sur le labrum glénoïdien

Qu’est-ce que la lésion SLAP de l’épaule ?

De l’anglais « Superior Labrum from Anterior to Posterior », la lésion SLAP de l’épaule est une atteinte localisée de la partie supérieure du labrum glénoïdien associée à une déchirure partielle ou totale du tendon du muscle long biceps, symptomatique surtout chez des sportifs overhead entre 20 et 30 ans (sportifs amenés à déplacer de manière répétée leurs membres supérieurs au dessus de la tête afin de réaliser les gestes spécifiques liés à leur pratique sportive) et dans une moindre mesure, chez des personnes âgées.

Il existe plusieurs types de lésions mais les plus fréquentes sont les suivantes : 

  • lésion de type 1 : le labrum glénoïdien est « effiloché » avec un aspect dégénératif mais sans atteinte du tendon du long biceps associée
  • lésion de type 2 : la labrum glénoïdien et l’insertion tendineuse du long biceps sont partiellement déchirés avec un ancrage instable du long biceps
  • lésion de type 3 : le labrum glénoïdien est déchiré à la manière d’une « anse de seau » sans que l’insertion du tendon du biceps soit atteinte
  • lésion de type 4 : le labrum glénoïdien est largement désinséré à sa partie supérieure et le tendon du long biceps est totalement déchiré

Des lésions plus complexes peuvent être diagnostiquées, résultant souvent d’une combinaison de plusieurs types de lésions retrouvées. 

Étiologies

Plusieurs causes peuvent entraîner une lésion SLAP de l’épaule :

  • suite à un traumatisme brutal, avec trois mécanismes lésionnels décrits : 
  1. suite à une chute sur la paume de main, le coude tendu, le bras en abduction et en rétro-pulsion entraînant une lésion par compression du labrum glénoïdien et du tendon du long biceps par la tête humérale
  2. suite à une traction du long biceps lors d’un mouvement de lancer brusque chez les sportifs overhead (baseball, volleyball, water-polo, etc …)
  3. lors d’un mécanisme de traction involontaire et brutale du bras en abduction, rotation externe et rétro-pulsion, chez des sportifs pratiquants des sports de contact (rugby, handball, judo, etc, …)
  • suite à de microtraumatismes répétés chez les pratiquants de sports de lancer en armer du bras (handball, volley, tennis, baseball, lancer de javelot, etc …) : en effet, dans la dernière étape du lancer, lorsque le bras est emporté par son élan, une forte traction sur le chef long du biceps est exercée et la répétition de ce mouvement peut entraîner sa déchirure progressive. De même, une légère translation postéro-supérieure de la tête humérale est constatée et peut, avec la répétition, favoriser la dégénérescence du labrum glénoïdien
  • suite à une dégénérescence du chef long du biceps et / ou du labrum glénoïdien : chez les personnes âgées, notamment chez celles qui ont travaillé une grande partie de leur vie les mains au dessus de la tête

Les signes cliniques d’une SLAP lésion

Selon le mécanisme lésionnel à l’origine d’une lésion SLAP, les symptômes peuvent être relativement discrets au quotidien et peu spécifiques. En revanche, la symptomatologie est plus importante chez les sportifs qui pratiquent un sport de lancer et / ou de contact.

Nous retrouvons alors : 

  • un dérangement ou une douleur difficilement localisable lors de la réalisation de certains gestes de l’épaule, majorée lors de la pratique sportive (sport overhead et / ou de contact)
  • une sensation de claquements et / ou de ressauts parfois douloureux à l’origine d’une appréhension lors de la réalisation de certains mouvements du bras
  • une diminution de la capacité à réaliser un geste de lancer : perte de force et perte de cinétique 
  • une sensation d’instabilité de l’épaule 

Ses traitements 

La prise en charge varie selon le mécanisme lésionnel à l’origine de la lésion SLAP et du terrain du patient : activité sportive, âge, symptomatologie, etc

  • le traitement d’une lésion SLAP de l’épaule est dans un premier temps dit « conservateur ». Le but d’un tel traitement est avant tout d’agir sur la fonction biomécanique de l’épaule afin de diminuer la symptomatologie du patient et de l’accompagner dans la réalisation infra-douloureuse de ses activités quotidiennes et sportives
  1. traitement préventif : correction de la biomécanique du mouvement douloureux, étirement musculaire en rotation interne de l’épaule droite (grâce au sleeper stretch notamment) pour lutter contre la raideur fréquente dans ce paramètre chez les sportifs de lancer, etc …
  2. rééducation en kinésithérapie : rééquilibrage du ratio de force musculaire en rotations interne et externe de l’épaule, renforcement et augmentation du contrôle neuro-musculaire volontaire des muscles stabilisateurs des articulations gléno-humérale et scapulo-serrato-thoracique, etc …
  3. arrêt temporaire de l’activité sportive pendant quelques mois si nécessaire
  • un traitement médicamenteux peut aussi être envisagé : il consiste notamment en la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou d’injection intra-articulaire de corticoïdes
  • l’intervention chirurgicale, elle, est relativement rare et n’est proposée qu’après échec des traitements conservateur et médicamenteux et chez des patients toujours symptomatiques dans des activités de la vie quotidienne et / ou sportives. Le type d’intervention dépend du type de lésion : débridement arthroscopique, ténotomie, ténodèse, résection de l’anse de seau du labrum supérieur, etc … Enfin, de nombreuses études montrent que la chirurgie n’a aucun bénéfice dans le traitement de la lésion SLAP chez les personne âgées

La place de l’ostéopathie dans la prise en charge d’une lésion SLAP de l’épaule

L’ostéopathie peut accompagner un patient souffrant d’une SLAP lésion dans la réalisation de son traitement conservateur. C’est d’ailleurs souvent le kinésithérapeute qui oriente son patient chez un ostéopathe pendant sa rééducation. 

L’objectif d’une prise en charge en ostéopathie, qui ne se substitue pas au traitement médicamenteux ni à la réalisation en bon et due forme de la rééducation en kinésithérapie, est de traiter les éventuelles dysfonctions somatiques diagnostiquées plus ou moins à distance de l’épaule (altération de la mobilité, de la viscoélasticité ou de la texture des composantes du système somatique) et pouvant participer à l’entretien de la symptomatologie du patient, pour permettre ainsi de potentialiser les effets du traitement dit conservateur. 

L’ostéopathe peut par exemple être amené à traiter une restriction de mobilité d’une articulation propre de l’épaule ou plus à distance, d’une articulation vertébrale, ou bien encore un trouble de tonicité neuro-musculaire associée à la biomécanique de l’épaule, une restriction de mobilité de la ceinture pelvienne pouvant affecter à distance la mobilité de la ceinture scapulaire, etc …

L’ostéopathe mettra en place les techniques les plus adaptées, les plus confortables et surtout les plus efficaces pour prendre en charge au mieux son patient. Elles peuvent être de différents types selon l’objectif du praticien. Il peut choisir de concentrer son action sur la mobilité ostéo-articulaire grâce à des techniques manipulatives ou des techniques de mobilisation passive. Il peut aussi choisir de spécifier son action sur des troubles de tonicité musculaire grâce à des techniques de ponçage, myotensives ou bien encore d’étirements spécifiques. Il peut également choisir d’agir sur l’élasticité aponévrotique grâce à des techniques plus spécifiques à visée fascia, etc … En bref, l’ostéopathe dispose d’un panel de techniques qu’il inclus dans un traitement holistique afin de permettre la meilleure prise en charge possible pour son patient ! 

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