Fasciite plantaire et ostéopathie par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard

Préambule : le fascia plantaire

L’arche du pied est soutenue par une épaisse membrane fibreuse à la partie plantaire du pied, appelée « fascia plantaire » ou bien encore « aponévrose plantaire ». Ce fascia plantaire est de forme triangulaire, en trois portions (centrale, médiale et latérale) et s’étend en éventail du calcanéum (os du talon) à la base des phalanges proximales des orteils (cf image ci-dessous).

Représentation anatomique du fascia plantaire (ou aponévrose plantaire) du pied droit (en bleu) par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard
Représentation anatomique du fascia plantaire (ou aponévrose plantaire) du pied droit (en bleu)

D’autre part, le fascia plantaire fait partie d’un système anatomique complexe, le système suro-achilléo-calcanéo-plantaire formant une véritable unité anatomique et fonctionnelle s’étendant du genou aux orteils et composé du triceps sural, du tendon d’Achille, du calcanéum et de l’aponévrose plantaire superficielle.

Le fascia plantaire participe à la formation et au soutien de la voûte plantaire en s’opposant à l’effondrement de l’arche longitudinal du pied lorsqu’il supporte le poids du corps. Il constitue donc un support passif de l’arche plantaire. Il possède également un rôle d’amortisseur des contraintes et permet la répartition des pressions à la marche. Enfin, le fascia plantaire permet de protéger les tendons sus-jacents, d’assurer la stabilité des orteils et a un rôle actif propulsif lors de la marche. 

Qu’est ce que la fasciite plantaire ?

On appelle « fasciite plantaire » ou « aponévrosite plantaire » une affection douloureuse du fascia plantaire, générallement localisée sous le calcanéum, pincipalement d’origine mécanique mais pouvant s’accompagner d’une réaction inflammatoire. Il s’agit d’une inadaptation de l’aponévrose plantaire aux contraintes répétitives d’étirement. 

Elle peut être caractérisée par une dégénérescence de l’aponévrose plantaire sur son site d’insertion osseuse ou bien par la répétition de micro-déchirures consécutives à des contraintes mécaniques mal supportées liées à une sollicitation excessive.

Parfois, la fasciite plantaire s’accompagne d’une épine calcanéenne, aussi appelée épine de Lenoir, qui est la conséquence d’une réorganisation osseuse formant une excroissance (ou exostose osseuse) par traction excessive de l’insertion du fascia plantaire sur le calcanéum. L’épine calcanéenne n’est pas la cause de la douleur, mais la conséquence d’une souffrance du fascia plantaire. 

Etiologies

Plusieurs facteurs de risque peuvent conduire à une fasciite plantaire symptomatique. Nous pouvons retrouver notamment :

  • un terrain de sédentarité
  • le port de chaussures inadaptées ou trop usées
  • le port répétitif de talons hauts
  • un trouble de la statique du pied : pieds plats (essentiellement), pieds creux
  • un trouble postural dynamique du pied : valgus, pronation, varus …
  • une augmentation soudaine du niveau et / ou de l’intensité de la pratique d’une d’activité physique
  • un terrain de sur-sollicitation de la voûte plantaire, notamment lors d’activités physiques comme la course à pied, la danse, la gymnastique, etc …, ou chez des personnes dont l’activité implique une station debout prolongée, de la marche répétée sur des surfaces dures ou la manutention d’objets lourds
  • un contexte de prise de poids liée à une obésité ou en cas de grossesse
  • un manque d’échauffement avant la pratique d’une activité physique
  • un raccourcissement du système suro-achilléo-calcanéo-plantaire entraînant une surcharge chronique de l’insertion du fascia plantaire sur le calcanéum
  • un contexte rhumatismal comme la polyarthrite rhumatoïde

Les signes cliniques de la fasciite plantaire

Le symptôme principal de la fasciite plantaire est une douleur localisée sur l’insertion osseuse  calcanéenne (« talalgie ») ou sur le trajet du fascia plantaire, souvent décrite à type de brûlure lorsque le pied est mis en charge (mise en tension de l’aponévrose plantaire) et pouvant être très intense après une phase de repos (typiquement le matin au réveil), lors du maintien de la position debout de manière prolongée ou en fin de journée. 

En général, cette douleur est facilement reproductible à la palpation franche de l’aponévrose plantaire. 

Parfois, la fasciite plantaire peut favoriser une « neuropathie de Baxter » qui correspond à la compression nerveuse du nerf plantaire latéral, branche du nerf tibial (une des deux branches terminales du nerf sciatique), entre certaines structures musculo-ligamentaires et osseuses. Le nert plantaire latéral innervant le muscle abducteur du petit orteil et gérant l’innervation sensitive du 4 ème espace inter-osseux à la région plantaire du pied, une douleur mal systématisée peut être localisée à la partie antéro-médiale du calcanéum et sur le versant latéral du pied et peut volontiers s’accompagner de paresthésies, à savoir : fourmillements, engourdissements, picotements. Une parésie de l’abducteur du 5 ème orteil (perte de force) peut aussi être constatée dans les formes évoluées.

Représentation anatomique du nerf plantaire latéral (en bleu) du pied droit parfois comprimé dans certaines fasciites plantaires et à l’origine d’une neuropathie de Baxter par Florian Gaubert, ostéopathe à Uchaud dans le Gard
Représentation anatomique du nerf plantaire latéral (en bleu) du pied droit parfois comprimé dans certaines fasciites plantaires et à l’origine d’une neuropathie de Baxter

Traitements

La prise en charge de la fasciite plantaire varie selon sa sévérité et l’impact des symptômes dans la vie quotidienne du patient.

  • le traitement de la fasciite plantaire est d’abord dit « conservateur ». Le but d’un tel traitement est avant tout d’agir sur la fonction biomécanique du pied afin de diminuer la symptomatologie du patient :
  1. prévention : adaptation du chaussage, marche pieds nus à éviter, diminution voire suppression temporaire d’une activité physique favorisant la douleur, perte de poids, etc … 
  2. port d’orthèses plantaires afin de corriger des troubles de la statique du pied et / ou un trouble postural dynamique du pied
  3. rééducation en kinésithérapie : étirement de l’aponévrose plantaire et de tout le système suro-achilléo-calcanéo-plantaire, assouplissement et renforcement des muscles du mollet et des muscles intrinsèques du pied, massages transverses profonds, ondes de choc en cas d’épine calcanéenne, cryothérapie, K-tape, etc … 
  • un traitement médicamenteux qui consiste notamment en la prescription d’antalgiques et / ou d’anti-inflammatoires, par voie orale ou par infiltrations
  • l’intervention chirurgicale : elle est proposée dans les formes évoluées et souvent en cas d’échec des traitements conservateur et médicamenteux réalisés. Plusieurs stratégies chirurgicales existent : section partielle ou totale de l’aponévrose plantaire, excision d’une épine calcanéenne, prise en charge plus complexe de correction de troubles architecturaux du médio-pied ou de l’arrière-pied, décompression du nerf plantaire latéral, etc …

La prise en charge de la fasciite plantaire en ostéopathie

L’ostéopathie peut accompagner un patient souffrant d’une fasciite plantaire dans la réalisation de son traitement conservateur. La prise en charge ostéopathique s’inscrit dans un traitement pluri-disciplinaire indispensable à la réalisation de la norme de soin de la fasciite plantaire.

L’objectif d’une prise en charge en ostéopathie, qui ne se substitue donc pas au traitement médicamenteux ni à la réalisation en bon et due forme de la rééducation en kinésithérapie, est de traiter les éventuelles dysfonctions somatiques diagnostiquées plus ou moins à distance des tissus atteints (altération de la mobilité, de la viscoélasticité ou de la texture des composantes du système somatique) et pouvant participer à l’entretien de la symptomatologie du patient, pour permettre ainsi de potentialiser les effets du traitement dit conservateur.

L’ostéopathe peut par exemple être amené à traiter une restriction de mobilité d’une articulation propre du pied (arrière-pied, médio-pied, avant-pied) ou plus à distance, du complexe articulaire du genou, ou bien encore un trouble de tonicité neuro-musculaire associée à la biomécanique de la jambe, une restriction de mobilité de la ceinture pelvienne pouvant affecter à distance la biomécanique du membre inférieur, etc …

L’ostéopathe mettra en place les techniques les plus adaptées, les plus confortables et surtout les plus efficaces pour prendre en charge au mieux son patient. Elles peuvent être de différents types selon l’objectif du praticien. Il peut choisir de concentrer son action sur la mobilité ostéo-articulaire grâce à des techniques manipulatives ou des techniques de mobilisation passive. Il peut aussi choisir de spécifier son action sur des troubles de tonicité musculaire grâce à des techniques de ponçage, myotensives ou bien encore d’étirements spécifiques. Il peut également choisir d’agir sur l’élasticité aponévrotique grâce à des techniques plus spécifiques à visée fascia, etc … En bref, l’ostéopathe dispose d’un panel de techniques qu’il inclus dans un traitement holistique afin de permettre la meilleure prise en charge possible pour son patient !

Si vous avez une question sur cet article « Fasciite plantaire et ostéopathie », n’hésitez pas à me contacter !