
Préambule anatomique
Le talus (ou « astragale ») est un os situé au centre de la cheville, au sommet de la voûte plantaire, enclavé entre le tibia (en haut) pour former l’articulation talo-crurale, et la fibula (en externe) pour former l’articulation talo-fibulaire, le tout formant la mortaise tibio-fibulaire. En dessous du talus se trouve le calcanéum (os du talon) pour former l’articulation talo-calcanéenne et en avant, l’os naviculaire pour former l’articulation talo-naviculaire.

En biomécanique, le talus a un rôle de répartiteur des forces entre la jambe et le pied et sert de pivot pour la flexion / extension de la cheville. Il est exposé à un risque traumatique élevé car il est soumis à d’importantes contraintes lors de la station debout, la locomotion ou les activités physiques.
Le talus est un os court, compact, aplati de haut en bas, allongé dans le sens antéro-postérieur. Il comporte trois segments (cf-image ci-dessous) :
- le corps (en rose) : volumineux, il forme les 3/4 de l’os et possède six faces
- le col (en vert) : cylindrique, il est aplati dans le sens vertical
- la tête (en jaune) : elle est à grand transversal, orientée en avant

Le talus est recouvert de cartilage sur les 3/5 de sa surface, et n’est relié aux segments osseux adjacents que par des formations capsulo-ligamentaires. Il présente donc la caractéristique singulière de ne posséder aucune insertion musculaire, ce qui explique la pauvreté de sa vascularisation, la fréquence de ses lésions articulaires et ses difficultés de stabilisation en cas de fracture.
Qu’est ce que l’ostéochondrite du talus ?
L’ostéochondrite du talus, aussi appelée « ostéochondrose du talus », correspond au détachement d’un fragment ostéo-cartilagineux du talus pouvant migrer au sein de l’articulation talo-crurale.
L’ostéochondrite du talus est également appelé LODA, pour « Lésion Ostéochondrale du Dôme de l’Astragal » lorsque le fragment ostéo-cartilagineux se détache au niveau du dôme du talus, c’est à dire de la partie la plus haute du talus.
L’ostéochondrite du talus touche préférentiellement les hommes jeunes entre 20 et 30 ans, souvent sportifs. Elle est souvent diagnostiquée tardivement et serait responsable d’environ 80 % des douleurs chroniques de cheville post-traumatique.
Étiologies
Différentes causes peuvent être retrouvées dans le mécanisme physiopathologique de l’ostéochondrite du talus :
- suite à un traumatisme : notamment suite à une entorse en inversion du pied ou à une fracture en cisaillement du talus
- suite à des micro-traumatismes répétés apparaissant à cause de la reproduction de mouvements d’impulsion, comme dans les sports à impact, ou à la suite d’une instabilité de la cheville
- suite à une hyper-pression médiale du pied, pouvant favoriser l’apparition de micro-fractures de l’os sous-chondral, notamment chez des patients ayant comme trouble architectural un arrière-pied en varus
- suite à une modification de la vascularisation de l’os sous-chondral entraînant sa nécrose : c’est l’authentique ostéonécrose disséquante, dont aucune cause n’est retrouvée la plupart du temps
Les signes cliniques de l’ostéochondrite du talus
Il n’est pas rare que l’ostéochondrite du talus reste longtemps silencieuse. Lorsqu’elle devient symptomatique, nous pouvons retrouver :
- une douleur, pouvant être localisée au niveau de la zone lésionnelle et / ou plus à distance, qui se manifeste lors de l’activité physique en charge voire également au repos selon la sévérité de la pathologie
- un blocage, un ressaut et des craquements de la cheville lorsque le fragment ostéo-cartilagineux qui s’est détaché migre dans l’articulation talo-crurale, pouvant s’accompagner d’une sensation d’avoir un corps étranger intra-articulaire
- un oedème de la cheville, surtout en fin de journée
- un enraidissement de la cheville entraînant une limitation modérée de ses amplitudes articulaires
- une boiterie associée
- une pseudo-instabilité de la cheville
- une arthrose de l’articulation talo-crurale sur le long terme
Traitements
Une prise en charge appropriée est essentielle pour prévenir des complications à long terme. Le traitement de l’ostéochondrite du talus doit être individualisé et varie selon sa sévérité et l’impact des symptômes dans la vie quotidienne du patient.
- le traitement est d’abord dit « conservateur » dans les formes précoces et / ou asymptomatique voire paucisymptomatique :
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- prévention : mise en place de stratégies d’évitement ou de compensation pour viser une économie articulaire, arrêt du sport ou adaptation de l’activité physique pratiquée (arrêt de la pratique de sport à impact, réalisation d’une activité en décharge comme la natation ou le cyclisme), perte de poids, etc …
- mesures non pharmacologiques :
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- mise au repos avec décharge
- rééducation en kinésithérapie : exercices de mobilisation de la cheville pour améliorer ses amplitudes de mouvement, renforcement musculaire pour améliorer la stabilité de la cheville, étirements pour prévenir la raideur …
- port de semelles podologiques pour réduire l’impact négatif d’un éventuel trouble architectural du pied et réduire la pression qui s’exerce sur le talus en charge
- port d’une attelle de fonction pour limiter la réalisation des mouvements douloureux
- port de béquilles si nécessaire
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- les traitements médicamenteux : il consistent en la prescription d’antalgiques et / ou anti-inflammatoires, par voie orale ou par infiltrations
- l’intervention chirurgicale : elle est proposée dans les formes évoluées, lorsque la douleur est réfractaire aux traitements conservateur et médicamenteux. Plusieurs stratégies chirurgicales existent :
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- curetage arthroscopique : élimination des débris et des tissus nécrotiques pour assainir le tissu osseux et lui permettre de cicatriser
- greffe ostéo-cartilagineuse (mosaïcoplastie) : elle est envisagée lorsque la lésion ostéo-cartilagineuse est importante afin de remplacer le tissu endommagé par du tissu sain
- microfractures : création de petites fractures cartilagineuses jusqu’à l’os sous-chondral pour stimuler la formation d’un nouveau tissu cartilagineux
- le resurfaçage articulaire : il consiste à retirer le tissu cartilagineux lésé et à recouvrir l’os sous-chondral d’un implant métallique
Conclusion
L’ostéochondrite du talus est une pathologie complexe qui peut avoir un impact significatif sur la mobilité et la qualité de vie des patients. Souvent associée à des traumatismes répétés ou à des facteurs biomécaniques, cette pathologie nécessite une identification précoce et une prise en charge appropriée pour éviter des complications à long terme, telles que l’arthrose talo-crurale.
Une compréhension approfondie des causes et des mécanismes sous-jacents de l’ostéochondrite du talus est essentielle pour guider le choix du traitement et optimiser les résultats fonctionnels.
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